Le neurologue Marc Vérin dirige l'unité de recherche « comportement et noyaux gris centraux » du Pôle des neurosciences cliniques de Rennes. : Ouest-France
Les traitements permettent de limiter les effets de la maladie. Le point avec le professeur Marc Vérin (CHU Rennes) à l'occasion de la Journée mondiale.
La maladie de Parkinson ? « C'est une dégénérescence de la substance noire, une partie du cerveau où sont situés des neurones qui produisent la dopamine. La dopamine est une substance (un neurotransmetteur) qui joue un rôle important pour réguler les centres de contrôle du mouvement. D'où les symptômes d'akinésie (lenteur des mouvements), d'hypertonie (rigidité), de tremblements. Environ 150 000 personnes sont touchées en France. »Une maladie de l'âge ? « Non, la maladie de Parkinson est une maladie de la deuxième partie de la vie, mais pas une maladie de la personne âgée. Dans les trois quarts des cas, elle se déclare entre 44 et 66 ans. »
Un diagnostic trop tardif ? « Quand les symptômes apparaissent, 80 % de la substance noire a dégénéré. Mais, tant qu'on ne dispose pas de traitements qui permettraient de bloquer l'évolution de la maladie, cela n'a pas grand sens de lancer des campagnes de diagnostic précoce. »
Une dépression peut être un signe ? « Cela reste controversé. Est-ce un signe ou une conséquence des symptômes invalidants de la maladie ? »
Comment soigner ? « L'idée est de remplacer les fonctions de la dopamine, soit de façon chimique, avec des produits qui miment l'action de la dopamine, soit en stimulant des centres de contrôle du mouvement, grâce à la stimulation cérébrale profonde (des électrodes introduites dans le cerveau). On peut souvent rester actif en étant atteint par cette maladie. Nous avons des patients qui travaillent, des femmes qui font des enfants. C'est un peu comme pour les maladies de la thyroïde, il faut compenser l'absence de la dopamine. »
Quand envisager une opération ? « C'est une opération bien maîtrisée, mais lourde. Elle s'adresse à des gens qui sont soumis à de telles fluctuations de symptômes qu'ils entravent fortement leur vie quotidienne. En fait, on opère de plus en plus tôt. On se rend compte que les dégâts sociaux peuvent rapidement être irrémédiables, au niveau du travail ou de la famille. À Rennes, depuis quinze ans, nous travaillions avec Nantes qui réalisait les opérations. Depuis un an et demi, on opère à Rennes, avec une capacité de 40 patients par an. Le plus jeune avait 35 ans. »
La piste des cellules souches pour remplacer les neurones détruits ? « C'est une piste, mais il faut pouvoir réguler la production de dopamine par ces nouvelles cellules. S'il y a trop de dopamine, on peut avoir des symptômes de diskynésie (des mouvements incontrôlables). Et il faudrait que ces nouveaux neurones établissent les bonnes connexions... »
Une origine méconnue ? « Il faudrait parler des maladies de Parkinson. Certaines ont une origine génétique claire. Ainsi, en Israël, où la population a un fonds génétique commun, 60 % des cas de Parkinson sont liés à un gène unique. Dans la plupart des cas, il y aurait des combinaisons génétiques plus complexes qui détermineraient une prédisposition. La maladie serait déclenchée par un événement extérieur, qui pourrait être un toxique. »
Les pesticides ? « Ce n'est pas vraiment prouvé. Ils n'existaient pas au XIXe siècle, quand la maladie a été décrite. Sur ce point, les études menées sur l'intestin, au CHU de Nantes, sont intéressantes. Il y a des neurones qui produisent de la dopamine dans l'intestin. Ce serait peut-être eux qui dégénéreraient en premier. Et les toxines transitent souvent par l'intestin. »
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